Si votre activité de porté est régulière mais ponctuée de périodes sans mission, vous avez probablement entendu parler du CDI de portage salarial. Ce contrat, distinct du CDD standard, offre une couverture entre les missions — à condition de comprendre exactement ce qu’il couvre, et ce qu’il exige en retour.
La convention collective IDCC 3219 encadre précisément le CDI de portage salarial. L’ordonnance du 2 avril 2015 l’a introduit dans le Code du travail. Entre le texte et la pratique des EPS, des écarts existent.
Ce guide compare CDI de portage et CDD de portage — les deux contrats réels qui s’offrent à vous chez votre EPS. Pour tout comprendre sur le portage en général, commencez par le guide des avantages et limites. Pour connaître les risques spécifiques à surveiller, lisez aussi le guide des risques du portage.
Ce que le CDI de portage change concrètement
Un salaire minimum pendant les inter-missions
C’est la différence centrale. En CDD de portage, pas de mission = pas de salaire. En CDI de portage, votre EPS vous doit une rémunération minimale pendant les périodes sans mission active.
La convention collective IDCC 3219 fixe ce minimum à : 70 % de votre rémunération mensuelle moyenne des 3 derniers mois actifs, ou 85 % du SMIC mensuel brut — le plus élevé des deux s’applique.
Exemple concret : vous facturez 550 €/j, vous avez eu en moyenne 18 jours de mission sur les 3 derniers mois. Votre rémunération de référence est 550 × 18 = 9 900 € brut. Le minimum inter-mission est 70 % × 9 900 = 6 930 € brut. Soit environ 5 400 € net après charges salariales.
Cette garantie a une limite temporelle. Les EPS qui proposent le CDI fixent une durée maximale d’inter-mission couverte — en pratique 3 à 6 mois, selon les contrats observés. Au-delà, une procédure de rupture peut s’enclencher. Cette durée est contractuelle : lisez-la avant de signer.
Un lien contractuel permanent avec l’EPS
En CDD de portage, votre contrat dure exactement le temps de la mission cliente. La mission s’arrête, le CDD prend fin. Prochaine mission = nouveau CDD.
En CDI, le lien est permanent. Quand une mission se termine, vous restez salarié de l’EPS. L’EPS doit soit vous trouver une nouvelle mission, soit vous verser la rémunération inter-mission définie ci-dessus.
Conséquence pratique : vous ne pouvez pas “partir” d’une EPS CDI sans procédure formelle. En CDD, fin de mission = vous êtes libre. En CDI, il faut une rupture conventionnelle, une démission, ou un licenciement.
Une présentation bancaire plus solide
Les banques regardent la durée et la forme du contrat. Un CDI de portage est un contrat sans terme précis — ce qui, formellement, ressemble davantage à un CDI classique qu’à un CDD renouvelé.
Ce n’est pas une garantie d’obtention de crédit immobilier : chaque banque applique ses propres critères et certaines restent méfiantes face au portage quelle que soit la forme du contrat. Mais la présentation formelle s’améliore objectivement.
Droits chômage à la sortie du CDI
Si votre CDI de portage se termine par rupture conventionnelle ou licenciement, vous accédez aux allocations ARE dans les conditions normales — identiques à la fin d’un CDI classique. Le mode de calcul et les montants dépendent de votre historique salarial en portage.
En CDD, les droits s’ouvrent aussi à la fin du contrat. La différence principale : une démission de CDI vous prive de l’ARE (sauf cas exceptionnels reconnus par France Travail). Ne démissionnez pas d’un CDI de portage si vous souhaitez conserver vos droits.
Ancienneté continue chez l’EPS
Avec un CDI, votre ancienneté s’accumule sans interruption chez l’EPS. Congés payés calculés sur la durée totale, accès à la formation professionnelle, prime d’ancienneté si la convention collective la prévoit. En CDD, chaque contrat repart à zéro — même si vous signez plusieurs CDD successifs avec la même EPS.
Les limites réelles du CDI de portage
Toutes les EPS ne le proposent pas
C’est le premier filtre. Sur les EPS actives en France, une minorité propose le CDI de portage. Ce contrat coûte plus cher à l’EPS : elle doit financer la rémunération inter-mission sur sa trésorerie.
Certaines EPS le réservent à leurs portés les plus actifs — TJM élevé, taux de facturation supérieur à 80 % sur l’année. Si votre activité est irrégulière ou récente, votre EPS peut refuser ce type de contrat.
La garantie inter-mission est limitée dans le temps
La rémunération inter-mission n’est pas inconditionnelle, ni illimitée :
- Vous devez chercher activement de nouvelles missions (l’EPS peut l’imposer contractuellement)
- La durée couverte est fixée dans le contrat — en pratique 3 mois, parfois 6, rarement plus
- Si l’inter-mission dépasse la durée couverte, l’EPS peut engager une procédure de rupture
Ce n’est pas un CDI classique qui vous paie à ne rien faire indéfiniment. C’est une protection temporaire pendant votre recherche de mission. L’EPS a intérêt à vous remettre en activité facturable rapidement — et elle peut exercer une pression contractuelle en ce sens.
Sortir du CDI de portage prend du temps
En CDD, la flexibilité est maximale : fin de mission = libre de changer d’EPS. En CDI, il faut passer par une rupture conventionnelle (accord mutuel avec l’EPS). En pratique, cette procédure prend 1 à 2 mois.
Si vous avez trouvé une meilleure EPS ou si vous avez un désaccord avec la vôtre, le CDI crée une friction supplémentaire. Anticipez : si vous envisagez de changer d’EPS dans les 12 prochains mois, le CDD reste plus agile.
Frais de gestion identiques au CDD
Certains portés imaginent que le CDI s’accompagne de frais réduits, en récompense de la fidélité. Aucune règle ne l’impose. Les taux de frais restent les mêmes — 5 à 12 % du CA brut — sauf négociation individuelle explicite au moment de la signature.
Pour qui le CDI de portage est adapté
Le CDI de portage est fait pour vous si plusieurs de ces conditions s’appliquent :
Votre taux d’activité oscille entre 60 et 90 % de l’année. Vous avez des périodes régulières sans mission — 1 à 2 mois par an. Le CDI couvre ces creux sans avoir à ouvrir des droits ARE à chaque intermission.
Votre TJM est de 500 €/j ou plus. C’est à ce niveau que la rémunération inter-mission garantie (70 % d’une moyenne à 9 000 €) devient une protection réelle, pas symbolique.
Vous voulez construire un historique d’ancienneté chez votre EPS. Accès au crédit, congés payés cumulés, formation — tout bénéficie d’une relation longue et continue.
Votre EPS propose le CDI avec des conditions claires. Si la clause d’inter-mission est floue, si la durée couverte n’est pas précisée, si les conditions de recherche active de mission ne sont pas rédigées — le CDD reste préférable. Vérifiez avec notre comparatif des EPS lesquelles proposent le CDI de portage avec des conditions documentées.
Pour qui le CDD de portage reste préférable
Le CDD de portage est mieux adapté si :
Vous avez un client unique et régulier. Le CDD se signe mission par mission, au rythme de votre client. Le CDI crée une structure administrative que votre activité ne justifie pas forcément.
Vous voulez rester libre de changer d’EPS rapidement. En CDD, fin de mission = vous êtes libre. En CDI, rupture conventionnelle nécessaire. Si vous testez plusieurs EPS avant de vous fixer, le CDD est plus agile.
Votre activité est très irrégulière. Moins de 8 mois de missions facturées par an : la rémunération inter-mission sera difficile à soutenir pour l’EPS sur la durée. Les conditions d’accès au CDI seront plus restrictives.
CDI vs CDD de portage — tableau comparatif
| Critère | CDI de portage | CDD de portage |
|---|---|---|
| Salaire entre missions | ✅ Oui (70 % ou 85 % SMIC) | ❌ Non |
| Flexibilité de changement d’EPS | ❌ Rupture conventionnelle | ✅ Fin de mission = libre |
| Présentation dossier crédit | ✅ Meilleure | ⚠️ Possible, plus complexe |
| Droits chômage à la sortie | ✅ Oui (si rupture conv.) | ✅ Oui (fin de contrat) |
| Ancienneté continue | ✅ Oui | ❌ Repart à chaque contrat |
| Disponible partout | ❌ Minorité d’EPS | ✅ Universel |
| Adapté si 1 seul client | ❌ Surstructure inutile | ✅ Naturellement adapté |
Ce tableau simplifie des situations réelles. La convention collective IDCC 3219 et votre contrat spécifique priment sur ces généralités. Avant de signer, lisez le contrat — ou faites-le relire par un juriste spécialisé en droit du travail.
Le CDI de portage est un outil de sécurisation pour les intermissions — pas un CDI classique. Il vous protège pendant les creux, à condition que votre EPS le propose sérieusement et que vous lisiez le contrat avant de signer.
Pour décider : estimez d’abord votre taux d’activité annuel. Moins de 2 mois de creux par an — le CDD suffit probablement. Des creux plus longs ou imprévisibles — le CDI mérite d’être négocié.
Deux actions concrètes :
- Calculez votre net mensuel avec votre TJM réel
- Comparez les EPS qui proposent le CDI avec conditions documentées
Pour les bases du portage salarial, le guide complet et la méthode de comparaison sont publiés et vérifiables.