À TJM 600 €/j facturé 18 jours sur 12 mois, votre chiffre d’affaires HT atteint 129 600 €/an. Le portage vous laisse 4 640 €/mois net en main (TMI 30 %), la SASU IS environ 5 200 €/mois après arbitrage rémunération-dividendes — et la micro-entreprise BNC est mécaniquement désactivée à ce niveau, parce que le plafond 77 700 € HT/an est dépassé de 67 %.
Cet écart de ~560 €/mois entre portage et SASU optimisée n’est pas un détail : c’est 6 720 €/an. Mais il s’inverse dès que le taux d’activité tombe sous 85 %, parce que le porté active l’ARE chômage pendant les inter-missions alors que le dirigeant SASU n’a aucun droit ouvert. La bonne réponse au choix portage vs freelance dépend donc de trois variables : votre TJM, votre régularité d’activité, votre besoin de crédit ou de protection sociale.
Ce guide chiffre les trois statuts en parallèle (portage / micro / SASU IS) à TJM 600 €/j, projette la rentabilité sur 3 ans, et clôt par 4 verdicts par profil. Pour la mécanique fine du calcul portage, lisez d’abord la méthode complète netporte. Sources : URSSAF, Légifrance, service-public.fr, France Travail.
Les 3 statuts en jeu et pourquoi la comparaison est piégée
« Freelance » n’est pas un statut juridique en France. C’est un terme commercial qui recouvre au moins trois réalités fiscales et sociales très différentes. Confondre les trois conduit à des arbitrages faux.
Portage salarial. Le porté signe un contrat de travail (CDI cadre dans la majorité des cas) avec une entreprise de portage salarial (EPS). L’EPS facture le client, prélève ses frais de gestion (5 à 12 % du CA HT), gère charges patronales et salariales, et verse un bulletin de salaire. Cadre légal : Code du travail L.1254-1 à L.1254-31, convention collective IDCC 3219. Statut : salarié, régime général, ARE chômage activable.
Micro-entrepreneur. Régime simplifié de l’entreprise individuelle, avec abattement forfaitaire pour frais (34 % en BNC services, 50 % en BIC services artisanat) et cotisations URSSAF assises sur le CA brut sans déduction. Plafond CA : 77 700 € HT/an pour les BNC services (services intellectuels, conseil, tech, formation), 188 700 € HT/an pour les BIC vente de marchandises. Plafonds 2026 publiés sur service-public.fr. Pas de cotisation chômage, pas de mutuelle obligatoire, retraite cotisée au régime des travailleurs indépendants.
SASU à l’impôt sur les sociétés (SASU IS). Société par actions simplifiée unipersonnelle, président associé unique. Le dirigeant est « assimilé salarié » (régime général sauf chômage), perçoit une rémunération + des dividendes après IS, gère la TVA mensuellement. Pas de plafond CA. Coût administratif annuel 1 200 à 2 500 € d’expert-comptable + ~1 500 € de frais d’immatriculation année 1.
Le piège central. Sur les forums de freelances, « je passe en freelance » recouvre indistinctement micro-entrepreneur et SASU. Or à TJM 600 €/j en activité plein temps, le micro est juridiquement impossible (CA largement supérieur au plafond), et la SASU exige une vraie compétence administrative. Le portage est la seule « voie freelance » activable immédiatement, sans création de structure, à tout niveau de CA. C’est précisément ce que le terme « freelance » occulte.
Le calcul net côte à côte à TJM 600 €/j
Hypothèse commune aux trois statuts : TJM 600 €/j HT, 18 jours facturés/mois, 12 mois/an. CA mensuel HT 10 800 €, CA annuel HT 129 600 €. TMI à 30 %. Mêmes paramètres pour rendre la comparaison reproductible.
| Critère | Portage salarial | Micro-entrepreneur BNC | SASU IS (60/40) |
|---|---|---|---|
| CA HT mensuel | 10 800 € | 10 800 € | 10 800 € |
| Statut viable au CA annuel 129 600 € | Oui, sans plafond | Non — plafond BNC 77 700 €/an dépassé | Oui, sans plafond |
| Cotisations sociales | ~52 % du CA après frais EPS | ~22 % du CA brut (BNC services 2026) | ~67 % du brut versé au dirigeant |
| Coût gestion / structure | Frais EPS 8 % (864 €/mois) | Aucun, hors CFE 200-500 €/an | Compta 100-200 €/mois + TVA mensuelle |
| Brut imposable mensuel | 6 756 € (salaire brut) | 7 128 € (CA × 0,66 abattement) | 6 390 € rém + 1 176 € dividende |
| Net mensuel en main (TMI 30 %) | ≈ 4 640 € | ≈ 7 100 € (hors plafond) | ≈ 5 200 € |
| Ratio net en main / CA HT | 43,0 % | 65,7 % (hors plafond) | 48,1 % |
| Protection chômage (ARE) | Oui, régime général | Non | Non (dirigeant assimilé sans chômage) |
| Retraite cadre AGIRC-ARRCO | Oui | Non (régime SSI simplifié) | Oui |
| Mutuelle obligatoire | Oui (incluse via EPS) | Non | Non |
| IR estimé annuel (TMI 30 %) | ~7 600 € | ~10 300 € | ~7 100 € (rém + dividende PFU 30 %) |
| Coût administratif annuel | 0 € | 0-500 € (CFE + cpta optionnelle) | 1 200-2 500 € + 1 500 € création an 1 |
| Temps administratif estimé / mois | 0-1 h | 1-2 h | 4-6 h + bilan annuel |
Lecture du tableau. Le ratio net-CA brut du micro-entrepreneur (65,7 %) est trompeur : il est calculé hors plafond, donc fictif à ce niveau de CA. Le seul arbitrage réel à 600 €/j × 18 j × 12 mois est portage vs SASU.
Détail portage. CA 10 800 € − frais EPS 8 % (864 €) = 9 936 € disponible. Charges patronales 32 % (3 180 €) → brut 6 756 €. Charges salariales 22 % (1 486 €) → net imposable 5 270 €. PAS 12 % (632 €) → net en main 4 640 €. Méthode reproductible : guide calcul salaire portage.
Détail SASU IS (arbitrage 60 % rémunération / 40 % dividendes). Rém brut 6 390 €/mois, charges salariales 22 % (1 406 €) → net imposable 4 984 €, IR PAS 12 % (598 €) → 4 386 €/mois. Charges patronales ~45 % du brut (2 876 €) → coût total rém 9 266 €. Bénéfice avant IS 1 384 €/mois, IS 15 % (208 €) → bénéfice 1 176 €/mois distribuable, PFU 30 % (353 €) → dividende net 823 €/mois. Total net en main 5 209 €/mois, arrondi à 5 200 €. Référence PFU : impots.gouv.fr.
Détail micro-entrepreneur (calcul théorique, plafond ignoré pour comparaison). CA 10 800 € − cotisations URSSAF 22 % (2 376 €) = 8 424 €/mois disponible avant IR. Base IR : CA × 0,66 (abattement 34 % BNC) = 7 128 €. IR TMI 30 % effectif ~12 % = 855 €/mois → net en main ~7 100 €. Mais ce statut est juridiquement désactivé à ce CA : la projection sert uniquement à mesurer ce que le micro produirait s’il restait accessible. Taux URSSAF 22 % à vérifier sur URSSAF — la trajectoire de hausse 2024-2027 doit être confirmée pour les BNC professions libérales non réglementées au 25 avril 2026.
Protection sociale et chômage : le vrai différentiel
C’est le poste le plus souvent oublié des comparatifs « portage vs freelance ». Il pèse pourtant plus que les 2 à 3 points de cotisations qui séparent les statuts.
Assurance chômage (ARE). Le porté cotise au taux 4,05 % part patronale + 0 % part salariale (depuis 2018) sur le salaire brut, comme tout salarié du privé. En cas de fin de mission, de rupture conventionnelle du CDI cadre porté ou de licenciement, France Travail calcule l’ARE sur la moyenne brute des 24 derniers mois : typiquement 50 à 75 % du salaire net antérieur, plafonnée. Sur 24 mois maximum d’indemnisation à un porté ex-600 €/j, cela représente potentiellement 50 à 80 k€ d’allocations cumulées. Ni le micro-entrepreneur ni le président de SASU rémunéré ne cotisent à l’assurance chômage : aucun des deux n’a accès à l’ARE en cas de cessation, sauf cas exceptionnels (Travailleurs indépendants ATI, plafonné à 800 €/mois pendant 6 mois).
Retraite cadre. Le porté cotise au régime général (CNAV) + AGIRC-ARRCO part cadre. Cotisation cumulée patronale + salariale ~28 % du brut, plafonnée. Le dirigeant SASU bénéficie du même régime. Le micro-entrepreneur cotise au régime SSI simplifié : pas de retraite complémentaire AGIRC-ARRCO, points retraite calculés sur le CA net abattu. À CA équivalent sur 30 ans de carrière, l’écart de pension finale entre porté et micro dépasse souvent 600 à 900 €/mois.
Couverture maladie, prévoyance, accident du travail. Portage : identique au CDI classique (régime général + indemnités journalières + accident du travail couvert + mutuelle obligatoire incluse via EPS). SASU dirigeant : régime général sauf chômage, mutuelle facultative à souscrire à titre personnel. Micro-entrepreneur : régime SSI, indemnités journalières plafonnées et conditionnées à un seuil de revenu, pas de couverture accident du travail intégrée, pas de mutuelle obligatoire.
Maternité, paternité, congés payés. Portage : congés payés 2,5 jours/mois travaillé (selon convention collective IDCC 3219), congé maternité indemnisé identique CDI. Micro et SASU : pas de congés payés (pas de salaire minimal garanti hors mission), congé maternité indemnisé mais montant variable selon CA et cotisations.
Le différentiel « protection sociale » mesuré sur 30 ans de carrière, en chiffres actualisés, peut représenter 2 à 4 années de salaires nets d’écart en faveur du portage face au micro — sans même intégrer le risque d’arrêt maladie longue durée ou d’accident professionnel.
La rentabilité comparée sur 3 ans
Une comparaison statique à un instant t masque la réalité. Le bon arbitrage se mesure sur 3 ans cumulés, en intégrant l’aléa d’activité.
Scénario plein régime, 100 % activité. TJM 600 €/j × 18 j × 12 mois × 3 ans.
- Portage : 4 640 € × 36 = 167 040 € net cumulé.
- SASU IS : 5 200 € × 36 = 187 200 €, moins 1 500 € de frais création + 6 000 € de comptable sur 3 ans = 179 700 € net cumulé.
- Différentiel : SASU +12 660 € sur 3 ans en faveur du dirigeant qui pilote son administratif lui-même.
Scénario activité variable, 85 % activité (1,8 mois sans mission par an, en moyenne).
- Portage avec activation ARE pendant les creux : net cumulé identique au plein régime tant que la durée d’inter-mission couverte par le CDI cadre n’est pas dépassée — soit ≈ 167 000 € sur 3 ans. Hors couverture inter-mission, ARE 70 % du salaire de référence × 1,8 mois × 3 ans = ~17 500 € d’allocations cumulées. Net+ARE cumulé : ~157 000 €.
- SASU : 5 200 € × 30,6 mois facturés = 159 120 €, moins 7 500 € de coûts admin = 151 600 €. Aucun droit ARE activable.
Scénario activité réduite, 70 % activité (3,6 mois sans mission par an).
- Portage + ARE : ~140 000 € cumulés sur 3 ans (mix net + allocations).
- SASU : 5 200 € × 25,2 mois = 131 040 €, moins 7 500 € admin = 123 500 €.
Le seuil de bascule. Le portage devient mécaniquement plus rentable que la SASU IS dès que le taux d’activité moyen passe sous ~85 %. Cette frontière correspond à 1,8 mois d’inter-mission par an. Au-dessus (activité quasi-pleine), la SASU optimisée gagne 4 à 8 k€/an. En dessous, le portage reprend l’avantage par effet ARE.
À cela s’ajoute le coût d’opportunité des 4 à 6 heures/mois d’administration SASU : à un coût horaire freelance de 75 €/h, c’est 360 à 540 €/mois de temps non-facturable, soit 4 320 à 6 480 €/an de manque à gagner indirect. Le portage neutralise ce poste.
Tableau verdict par profil
Les quatre profils ci-dessous synthétisent les arbitrages observés sur le marché français en 2026. Ils ne remplacent pas une simulation personnalisée — ils donnent la décision dominante par configuration.
Profil 1 — TJM 350-500 €/j, 6 mois d’inter-mission par an
Activité cyclique, projets de 3 à 6 mois entrecoupés de creux longs. CA annuel 50 à 70 k€. Sortie de CDI ou première année d’indépendance. Le porté active l’ARE pendant les creux et préserve sa retraite cadre. Le micro-entrepreneur perd toute protection sur les 6 mois sans CA. La SASU absorbe des coûts fixes (compta, TVA) sans CA pour les amortir.
Profil 2 — TJM 800+ €/j, activité réduite < 77 700 € HT/an, expérience administrative
Consultant senior à TJM élevé, activité partielle (5 à 7 jours facturables/mois) restant sous le plafond BNC services. Profil pluri-actif (activité salariée parallèle, retraite progressive, projet personnel) capable de gérer ses déclarations URSSAF seul. Pas de besoin de chômage immédiat (filet de sécurité salarié à côté).
Profil 3 — TJM 600 €/j stable + besoin de crédit immobilier ou famille
Activité régulière 17 à 18 j/mois, CA annuel 120 à 140 k€. Projet immobilier en cours ou enfants à charge. Le bulletin de salaire CDI cadre porté facilite les négociations bancaires (les banques notent la présentation formelle du contrat). La protection sociale complète absorbe le risque familial.
Profil 4 — Plusieurs clients récurrents long terme + frais professionnels > 30 % du CA
Consultant établi avec 3 à 5 clients réguliers, CA annuel 130 à 250 k€, frais professionnels élevés (déplacements, matériel, sous-traitance, locaux). Au-dessus de 30 % de frais réels sur le CA, l’abattement forfaitaire 34 % du micro est sous-optimal et le portage limite la déduction à ~30 % du CA brut, déclaratif. La SASU au réel déduit les frais sur facture, sans plafond.
Le choix portage vs freelance ne se réduit pas à un ratio brut-net. Trois variables pilotent la décision réelle : le niveau de TJM (plafond micro à 77 700 € HT/an), le taux d’activité (seuil de bascule SASU vs portage à 85 %), et le besoin de protection sociale (ARE chômage, retraite cadre, crédit immobilier). À TJM 600 €/j en activité plein temps, l’écart entre portage et SASU IS optimisée est de ~560 €/mois en faveur de la SASU ; il s’inverse dès le premier creux d’activité de plus de 1,8 mois/an.
Avant de basculer : calculer votre net réel au TJM exact avec le simulateur netporte, revoir les avantages et limites détaillés du portage, et consulter la méthode complète netporte pour comprendre les pondérations utilisées dans nos verdicts.